Table des matières
- 4 ans de recul sur un rôle profondément humain
- L’illusion de la décision rapide
- Écouter tôt, c’est du leadership
- Le rôle du VP : gardien du climat
- Pourquoi l’alignement coûte moins cher que l’optimisation
- Standardiser pour libérer, pas pour contraindre
- L’IA ne change pas cette réalité
- Ce que ces 4 ans m’ont appris
4 ans de recul sur un rôle profondément humain
Je ne le crois pas.
J’en suis sûr.
Après quatre ans dans un rôle de VP, une chose est devenue évidente :
ce poste n’est pas d’abord un rôle technique, stratégique ou organisationnel.
C’est un rôle fondamentalement humain.
Bien sûr, il y a des décisions à prendre.
Des arbitrages.
Des responsabilités lourdes.
Des moments où il faut trancher.
Mais avec le temps, j’ai compris que la vraie difficulté n’est pas de décider.
La vraie difficulté, c’est de comprendre suffisamment tôt ce qui mérite une décision.
L’illusion de la décision rapide
Au début, on pense que décider vite est une force.
On pense rassurer.
On pense faire avancer les choses.
Et parfois, c’est vrai.
Mais décider vite, sans écoute profonde, revient souvent à :
- corriger trop tard,
- réparer ce qui s’est abîmé,
- gérer des conséquences plutôt que des causes.
Dans une organisation tech, les problèmes majeurs n’apparaissent jamais brutalement.
Ils s’installent lentement.
Silencieusement.
Une équipe qui se replie.
Une motivation qui s’érode.
Un discours qui devient plus technique que porteur de sens.
Ces signaux sont faibles.
Mais ils sont précieux.
Écouter tôt, c’est du leadership
Écouter tôt, ce n’est pas attendre passivement.
Ce n’est pas chercher le consensus à tout prix.
Ce n’est pas renoncer à décider.
Écouter tôt, c’est :
- être présent avant la crise,
- créer un climat où la parole est possible,
- accepter d’entendre des choses inconfortables.
C’est un acte volontaire.
Un acte exigeant.
Cela demande :
- de la disponibilité réelle,
- de l’empathie sincère,
- une attention constante au collectif.
Avec le temps, j’ai appris à reconnaître ces moments où il faut écouter plus que parler.
Ces moments où une bonne question vaut mieux qu’une bonne réponse.
Le rôle du VP : gardien du climat
S’il y a une responsabilité que je prends très au sérieux, c’est celle-là :
être le garant du climat humain.
La bienveillance n’est pas une option.
Ce n’est pas un “nice to have”.
C’est un socle.
Un collectif fatigué ne peut pas produire durablement de la qualité.
Une équipe qui ne se sent pas écoutée finit par se désengager.
Et aucun process ne compense un climat dégradé.
Être VP, c’est observer les petites choses :
les mots, les silences, les regards, les non-dits.
C’est intervenir tôt, parfois discrètement.
Parfois simplement en ouvrant un espace de dialogue.
Pourquoi l’alignement coûte moins cher que l’optimisation
Pendant longtemps, j’ai vu des organisations chercher à optimiser avant d’aligner.
Optimiser les outils.
Optimiser les process.
Optimiser la vélocité.
Mais optimiser sans alignement est une erreur coûteuse.
Quand les équipes ne partagent pas :
- la même vision,
- la même compréhension du besoin,
- le même sens de la priorité,
chaque optimisation devient une dépense inutile.
On va plus vite…
dans la mauvaise direction.
L’alignement, lui, a un coût initial :
du temps de discussion,
de la pédagogie,
des redites parfois.
Mais ce coût est largement compensé par :
- moins de friction,
- moins de rework,
- plus d’autonomie,
- plus de confiance.
Standardiser pour libérer, pas pour contraindre
Sur le plan technique aussi, l’alignement est clé.
Avoir des standards communs,
des pratiques partagées,
des langages qui se répondent,
ce n’est pas brider l’individu.
C’est donner de la flexibilité au collectif.
Quand la technique est cohérente,
les équipes peuvent se réorganiser,
les projets peuvent évoluer,
les personnes peuvent collaborer plus facilement.
La cohérence technique est un outil humain avant d’être un choix d’architecture.
L’IA ne change pas cette réalité
Avec l’arrivée de l’IA, certains pensent que tout ira plus vite.
Que l’humain deviendra secondaire.
Je pense l’inverse.
Plus les outils sont puissants,
plus le sens, l’écoute et la responsabilité humaine deviennent centraux.
L’IA peut aider à prototyper.
À accélérer certaines tâches.
À réduire la charge mentale.
Mais elle ne remplacera jamais :
- l’écoute,
- le jugement,
- la compréhension fine des dynamiques humaines.
Ce que ces 4 ans m’ont appris
Si je devais résumer ces quatre années en une conviction, ce serait celle-ci :
👉 Le collectif ne se scale pas avec des décisions rapides, mais avec une écoute profonde et constante.
Être VP, ce n’est pas être au-dessus.
Ce n’est pas être celui qui sait tout.
C’est être celui qui :
- écoute plus tôt,
- donne du sens,
- protège le collectif,
- et décide quand c’est juste, pas quand c’est urgent.
Et c’est probablement le rôle le plus exigeant et le plus humain que j’aie occupé.
